Salut tout le monde !
Quel plaisir de vous savoir déjà si nombreuses et nombreux à lire cette newsletter. Vous êtes près de 14 000 inscrits en moins d’une semaine et vos retours sur le premier numéro, envoyé mercredi dernier, m’ont beaucoup touché. J’espère que celui-ci vous plaira autant ! N’hésitez pas à partager cette newsletter à vos proches et à m’écrire si vous avez des suggestions ou des remarques : hclement@vakita.fr
J’essayerai de répondre, dans la mesure du possible. Bonne lecture !
Hugo
S’il y a bien un domaine où la plupart des responsables politiques refuse d’écouter la science, c’est celui de la consommation de viande. Nous en avons eu encore un exemple flagrant ces dernières semaines. La vénérable Cour des Comptes, qui n’est pas connue comme étant un repère de militants écolos, a publié fin mai un rapport basé sur des études scientifiques, dans lequel elle fait le constat que l’élevage bovin représente à lui tout seul 11,8% des émissions de gaz à effet de serre de la France, soit 52,5 mégatonnes d’équivalent Co2 sur les 445 mégatonnes émises par la France en 2018. C’est énorme ! A titre de comparaison, le secteur aérien émet environ 4% de nos gaz à effet de serre. Cela s’explique notamment par le méthane rejeté par les ruminants, à travers leurs rots et leurs pets (désolé mais c’est la nature), un gaz au pouvoir de réchauffement 28 fois supérieur à celui du CO2.
Notre élevage bovin est-il écolo ?
Pour ralentir le changement climatique, la Cour des Comptes préconise donc logiquement de réduire le nombre de bovins, qui sont aujourd’hui environ 18 millions en France, dont 8 millions de vaches. A priori, il n’y a pas de débat là-dessus, cette préconisation faisant l’objet d’un consensus dans la communauté scientifique. Mais cela ne plaît pas du tout à Marc Fesneau, notre inénarrable ministre de l’agriculture, qui s’est vanté récemment de « dire du bien des pesticides ». Suite à la publication du rapport de la Cour des comptes, il a défendu bec et ongle l’élevage bovin lors de différentes interventions médiatiques et sur son compte Twitter. Son argument favori, utilisé également par l’agro-industrie, est de dire que les prairies sont des « puits de carbone », qu’elles stockent du CO2, et que l’élevage rend donc des « services environnementaux ». Bref, pas touche à nos vaches, elles sont écolos !
Les prairies captent seulement une petite partie des émissions de l’élevage
Qu’en est-il réellement ? Dans l’absolu, c’est vrai, les prairies sont des puits de carbone, car elles stockent une quantité importante de CO2, grâce à la photosynthèse des végétaux. En revanche, une prairie avec des vaches dessus n’est pas un puits de carbone. Pour la simple et bonne raison que les bovins émettent bien plus de gaz à effet de serre que la prairie n’est capable d’en stocker. Les études scientifiques de référence, sur lesquelles s’appuie la Cour des comptes, estiment qu’une prairie pâturée peut capter entre 6% et 45% des émissions de l’élevage (oui, c’est très variable en fonction des contextes locaux), avec une moyenne à 25%. Un quart seulement !
De son côté, l’Institut de l’élevage, qu’on ne peut pas soupçonner d’un biais contre cette activité, a fait des calculs assez précis pour les fermes laitières françaises. En moyenne, ces exploitations stockent grâce aux prairies 150 grammes d’équivalent CO2 par litre de lait produit, mais rejettent dans le même temps 1 kilo d’équivalent CO2 par litre de lait. Six fois plus ! Les élevages laitiers émettent ainsi 850 grammes de CO2 par litre de lait, malgré le rôle joué par les prairies. Le stockage de carbone par les prairies compense donc une petite partie des émissions liées aux vaches, mais ne les annulent pas, loin de là. Il est certes possible d’améliorer le stockage de carbone des prairies, par exemple en évitant le surpâturage ou en plantant des arbres et des haies, mais il est illusoire de penser qu’un élevage zéro émissions est possible. Par conséquent, réduire le cheptel bovin et la production de viande et de lait est un levier très important si l’on veut atténuer l’impact de notre alimentation sur le climat, et il est inquiétant que les politiques qui nous gouvernent refusent de l’actionner.
L’élevage bovin, une catastrophe pour le climat. Et pour la biodiversité ?
Tout n’est pas à jeter pour autant dans l’élevage de ruminants. Si cette activité est terrible pour le climat, elle ne l’est pas forcément pour la biodiversité. En effet, pour le vivant, mieux vaut une prairie pâturée qu’une grande culture, comme du blé, du colza ou du maïs. Les prairies sont souvent épargnées par les pesticides et les engrais chimiques, ou sont en tout cas moins traitées. La flore et la faune sauvages dont les insectes, les oiseaux, les mammifères et les vers de terres peuvent donc y prospérer, ce qui n’est pas le cas dans les immenses parcelles cultivées et aspergées de produits phytosanitaires.
Dans les régions où les prairies ont peu à peu cédé la place à des cultures intensives, la vie sauvage s’est effondrée. J’ai pu le constater sur le terrain avec Vincent Bretagnolle, chercheur du CNRS, l’un des meilleurs spécialistes français des oiseaux. Dans sa zone d’étude, située dans les Deux-Sèvres, les prairies représentaient 70% de la superficie dans les années 1970, contre seulement 14% aujourd’hui. Ce repli des prairies, au profit des cultures céréalières destinées en bonne partie à nourrir les animaux enfermés dans les élevages intensifs, est l’un des facteurs qui expliquent la chute vertigineuse du nombre d’oiseaux, constatée par Vincent et ses équipes. En 27 ans, la population d’alouettes des champs a chuté de 41% dans la zone étudiée.
Les vaches doivent manger de l’herbe, et c’est tout !
Pour être clair : du strict point de vue de la biodiversité, si les vaches sont nourries exclusivement à l’herbe, et pas avec des aliments comme le soja importé ou le maïs, un élevage bovin extensif peut jouer un rôle de rempart face à l’avancée des grandes cultures, qui sont des déserts biologiques. Évidemment, si dans la ration des vaches, on ajoute des aliments qui proviennent de ces mêmes cultures destructrices pour le vivant, cela perd tout son intérêt. Or, aujourd’hui, les fermes qui nourrissent leurs bovins uniquement avec de l’herbe sont très minoritaires en France. Il n’existe pas de chiffres précis, mais tout le monde s’accorde là-dessus, y compris dans les filières d’élevage.
Pour préserver le climat ET la biodiversité, la solution de bon sens, étayée par les connaissances scientifiques, semble donc être la suivante : réduire de manière importante la consommation de viande et de produits laitiers, n’en déplaise à Marc Fesneau, tout en favorisant des élevages extensifs de petite taille où les animaux sont nourris 100% à l’herbe. Pour cela, il faut à la fois informer les consommateurs, cesser les politiques publiques qui favorisent l’élevage industriel et soutenir financièrement les éleveurs les plus vertueux. C’est possible. Il manque simplement, pour l’instant, d’une volonté politique.
1 - La Terre risque de devenir inhabitable, alertent des chercheurs
Selon une étude produite par une quarantaine de chercheurs internationaux et publiée la semaine dernière dans la revue scientifique de référence Nature, l’humanité a déjà dépassé sept des huit limites planétaires, ce qui risque, à terme, de rendre la planète inhabitable. Ces limites marquent les seuils au-delà desquels la déstabilisation du fonctionnement terrestre peut avoir des répercussions irréversibles pour les espèces présentes sur Terre, dont la nôtre. Les huit limites planétaires identifiées par les scientifiques sont les suivantes : 1- l’état des eaux de surface 2- l’état des eaux souterraines 3- le cycle de l’azote 4- le cycle du phosphore 5- le climat 6- la superficie des espaces naturels intacts 7- la pollution atmosphérique et 8- l’état des écosystèmes dégradés par l’humain. Sur ces huit limites, seule la pollution atmosphérique n’a pas encore dépassé le seuil critique. À titre d’exemple, les chercheurs estiment qu’il faut laisser plus de la moitié des écosystèmes mondiaux intacts pour que la limite numéro 6 ne soit pas dépassée. Or, ce n’est plus le cas aujourd’hui. « Si la planète était un corps, tous ses organes seraient affectés : ses poumons, ses reins, son foie… », explique Johan Rockström, l’un des chercheurs à l’origine de l’étude. Si notre espèce ne parvient pas à inverser rapidement la tendance, c’est notre survie qui est menacée. Ni plus ni moins.
2 - Des géants des pesticides accusés d’avoir dissimulé la toxicité de leurs produits
Sur l’échelle du cynisme, difficile de faire pire. D’après une étude menée par un chimiste et une toxicologue et publiée par la revue Environnemental Health, plusieurs fabricants de pesticides, dont les géants Bayer et Syngenta, ont caché aux autorités européennes les résultats de tests montrant la toxicité de leurs produits sur le développement du cerveau. Pour faire simple : ces industriels auraient réalisé des expériences sur des animaux en gestation afin d’évaluer les effets potentiels de plusieurs substances et constaté qu’elles pouvaient être problématiques pour le neurodéveloppement de la progéniture. D’après les chercheurs, ces conclusions ont été transmises à l’Agence américaine de protection de l’environnement, mais pas à l’Autorité européenne de sécurité des aliments, qui a donc autorisé la mise sur le marché de neuf pesticides sans connaître l’existence des tests et de leurs résultats inquiétants. De leur côté, malgré l’enquête très fouillée des scientifiques, les fabricants de pesticides assurent avoir respecté la réglementation européenne. L’exposition aux pesticides in utero est l’une des causes possibles des troubles du neurodéveloppement (autisme, handicap intellectuel, hyperactivité, etc.).
3 - Bonne nouvelle : un accord contre la surpêche en Europe !
Après des années de négociations, le Parlement européen et les États membres de l’Union européenne sont tombés d’accord pour mettre en place des mesures de lutte contre la surpêche. Cet accord prévoit notamment une meilleure surveillance des navires de pêche, qui seront tous suivis à distance et qui devront enregistrer leurs prises électroniquement. Les embarcations de plus de 18 mètres devront même s’équiper de systèmes de surveillance embarqués, comme des caméras et des capteurs, pour contrôler de manière plus efficace les captures accidentelles, c’est-à-dire les animaux marins remontés dans les filets alors qu’ils ne sont pas visés volontairement par les pêcheurs. Au niveau mondial, ces prises accidentelles représenteraient jusqu’à 40% du total des poissons pêchés, selon le WWF. Les contrôles seront renforcés pour faire respecter « l’obligation de débarquement » des animaux capturés accidentellement, afin de mieux mesurer le phénomène. Actuellement, la quasi-totalité des prises accidentelles sont rejetées illégalement en mer, dans l’opacité la plus totale. C’est ainsi qu’environ 10 000 dauphins sont tués chaque année en France par les filets de pêche, dont une partie vient s’échouer sur le littoral, provoquant l’indignation de l’opinion publique. Reste à voir si cet accord européen permettra -ou non- de ralentir la destruction de la biodiversité causée par l’industrie de la pêche dans les océans.
6%
C’est la part du bio dans le panier de courses des Français en 2022, en légère baisse par rapport à l’année précédente (6,44%), selon le panorama annuel réalisé par l’Agence bio. Cette chute est moins importante que prévue, mais montre tout de même que l’agriculture biologique, dont les produits sont en moyenne plus chers, souffre de la baisse de pouvoir d’achat des consommateurs. Si les achats de produits bio diminuent en grande surface, dans les magasins bios et chez les artisans, ils augmentent en revanche pour la vente directe à la ferme. Plus respectueux de l’environnement, car cultivés sans pesticides de synthèse ni engrais chimiques, les produits bios sont aussi plus souvent locaux. Ainsi, 80% des légumes bios vendus en France sont cultivés en France, alors qu’environ la moitié des légumes conventionnels sont importés. En 2022, l’agriculture biologique représente 10,7% de la surface agricole française, en légère augmentation par rapport à 2021 (10,44%). Si vous avez les moyens, privilégiez le bio, la biodiversité vous remerciera !
Le documentaire coup de poing de Kate Winslet sur l’industrie de la viande
S’il y a un film à voir pour comprendre à quel point l’industrie de la viande et de l’aquaculture ravage notre planète et menace notre survie, c’est bien celui-là ! « Eating our way to extinction » (« Manger nous mènera à l’extinction » en français), est une enquête fouillée et édifiante réalisée par des journalistes anglais et co-produite par l’actrice Kate Winslet, qui fait la voix off dans la version originale. J’ai eu le plaisir d’enregistrer le commentaire pour la version française. Nous venons de mettre en ligne ce documentaire sur vakita.fr, et il est accessible gratuitement par en cliquant ici !
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