Salut tout le monde !
J’espère que vous allez bien. Une newsletter qui sent fort la poubelle cette semaine. Je vais vous donner les informations clefs sur l’enfouissement de nos ordures ménagères. Vous allez voir, c’est incroyable qu’on en soit encore là en 2024. Pour découvrir cette enquête en entier et en images, rendez-vous lundi 22 janvier à 21 heures sur France 5 dans le nouveau numéro de Sur le front.
Sinon, Le théorème du vaquita a dépassé les 30 000 exemplaires vendus la semaine dernière. Je suis tellement heureux que cette BD vous plaise autant et puisse toucher autant de monde. Elle est toujours disponible dans toutes les librairies et magasins spécialisés.
Bonne lecture, et prenez soin de vous !
Hugo
Avant de commencer cette enquête, j’étais persuadé que toutes nos ordures ménagères étaient incinérées dans des sites spécialisés, qui limitent le plus possible l’impact environnemental. En 2024, comment pourrait-il en être autrement dans un pays riche comme la France ?
Autant vous dire que je suis tombé de haut en partant sillonner l’Hexagone pour Sur le front. Non, tous nos déchets ne sont pas brûlés. Selon les derniers chiffres disponibles, fournis par l’Agence de la transition écologique, et qui datent de 2019, environ 20 % de nos poubelles sont encore enfouis. Au début, j’ai eu du mal à y croire. Mais c’est bien le cas.
En 2022, nous avons enterré 17 400 000 tonnes d’ordures, soit le poids de 1722 Tour Eiffel. Une quantité astronomique, à peine plus faible qu’en 2010, où 19 500 000 tonnes avaient été enterrées en France. Selon la loi de transition énergétique pour la croissance verte, il faudrait pourtant enfouir moins de 10 millions de tonnes en 2025. Cet objectif paraît aujourd’hui quasi impossible à atteindre, d’autant plus que certains sites d’enfouissement continuent de s’agrandir.
Des poubelles sont déchargées dans l'ISDND du Valon des Pins, dans le Var. (photo Hugo Clément)
Nous l’avons constaté notamment à l’ISDND (Installation de Stockage des Déchets Non Dangereux, c’est le nom officiel des décharges) des Pennes-Mirabeau, sur les hauteurs de Marseille. Cet immense site devait fermer en 2022. Non seulement il continue son activité mais, pire, il va encore grossir ! Ce qui était encore une petite décharge il y a 30 ans est devenu un monstre malodorant. Cette installation n’est pas une exception. Sur les 190 ISDND en activité en France en 2023, 50 ont obtenu une prolongation d’exploitation dans le temps et 17 ont été autorisées à s’agrandir, selon le ministère de la transition écologique.
Des zones pavillonnaires sacrifiées pour les poubelles
Dans le quartier pavillonnaire qui borde l’énorme trou des Pennes-Mirabeau, survolé en permanence par des milliers de goélands venus se nourrir des déchets, les habitants vivent l’enfer. La plupart ont acheté leur maison en ayant reçu la garantie que la décharge allait fermer. Ils ne peuvent aujourd’hui que constater l’agrandissement du site et subir les odeurs insupportables, qui les empêchent d’ouvrir les fenêtres, même en plein été. Pour partir, il faut accepter de céder son pavillon à prix cassé.
Ironie de l’histoire ? Ce ne sont pas les déchets de la commune des Pennes-Mirabeau qui sont enterrés ici ! Les ordures arrivent par camions (entre 300 et 400 par jour) de plusieurs villes de l’agglomération d’Aix-Marseille, notamment d’Aubagne, où les habitants n’ont plus de poubelle de tri depuis 2011. Oui, vous avez bien lu. Avant 2011, chaque immeuble ou maison avait une poubelle jaune, pour y déposer les emballages recyclables. Depuis 2011, il n’y a plus que la poubelle grise, où tout est jeté en vrac.
Pourquoi ? Pour faire des économies. Les habitants sont désormais invités à déposer leurs emballages dans des points d’apport volontaire situés à plusieurs endroits de la ville. Contraignant, donc peu de gens le font. La plupart jettent tous les déchets dans le bac d’ordures ménagères, sans faire aucun tri. Et ces poubelles, impossibles à valoriser, sont envoyées aux Pennes-Mirabeau pour y être enterrées.
Les goélands viennent se nourrir des ordures à l'ISDND du Valon des Pins, dans le Var. (photo Hugo Clément)
Officiellement, les ISDND ne sont censées recevoir que des “déchets ultimes”, c’est-à-dire impossible à recycler ou transformer. Mais, dans les faits, je l’ai constaté de mes propres yeux, elles enfouissent des ordures de toute sorte, dont des emballages en plastique, en carton ou même en verre, qui auraient pu être triés et valorisés. Même dans les ISDND dernière génération que j’ai pu visiter, comme celui du Valon des Pins, situé dans le Var et dont la construction a nécessité la destruction de 17 hectares de forêt dans un site naturel magnifique, les camions déversent des déchets qui n’ont rien à faire là.
Il suffit d’écouter le son des poubelles qui roulent dans le trou et d’observer attentivement pour constater la présence de nombreux objets en verre, de batteries électriques, de cartons, de bouteilles en plastique, de trottinettes…
Les quatre points noirs de l’enfouissement des ordures ménagères
À quoi ressemble un ISDND ? C’est très simple : il s’agit d’un immense trou, dans lequel on déverse les poubelles, avant de les recouvrir de terre. Dans les installations modernes, le fond des “casiers” (c’est ainsi que sont nommés les trous) est tapissé d’une membrane en plastique rigide, pour empêcher les polluants de s’infiltrer dans le sous-sol et, à terme, dans les cours d’eau et les nappes phréatiques.
Quatre problèmes avec l’enfouissement des déchets. D’abord, le jus de décharge, qu’on appelle le lixiviat. C’est le liquide issu de la décomposition des déchets organiques (le même qu’on trouve au fond de nos poubelles quand on ne les vide pas assez souvent), qui ruisselle jusqu’au fond du casier, en se chargeant au passage de tous les polluants présents dans les ordures, et qu’il faut récupérer dans des bassins spécifiques. Si ce lixiviat s’échappe dans un ruisseau, c’est la catastrophe assurée.
Dans certains sites plus anciens, le fond de la décharge n’a pas été équipé d’une membrane imperméable, et le lixiviat s’écoule donc dans le sol, parfois pendant plusieurs décennies après la fermeture définitive du site. Je vous laisse imaginer les conséquences en termes de contamination du milieu naturel. Vous le découvrirez en image dans le prochain Sur le front (lundi 22 janvier à 21h sur France 5).
Les jours de vent, des déchets s'envolent hors du site d'enfouissement, ici à l'ISDND des Lauriers, dans le Var. (photo Hugo Clément)
Deuxième problème : la fuite des déchets. Les jours de vent, des centaines voire des milliers de sac plastique et autres emballages légers s’échappent des sites d’enfouissement, quand ils n’ont pas encore été recouverts de terre. Nous avons pu le filmer tout autour de l’ISDND des Lauriers, lui aussi situé dans le Var. Lors de notre passage, la forêt en bordure du site était constellée d’ordures. Les gestionnaires assurent qu’ils ramassent régulièrement, mais une bonne part de ces sacs plastiques s’envolent bien plus loin et ne sont jamais récupérés, d’autant que la mer n’est pas très loin… Certaines décharges, notamment celles construites en bord de rivière comme sur le Gave de Pau, continuent de déverser à chaque crue leurs déchets oubliés, bien qu’elles soient fermées depuis plus de 30 ans.
L'état de la forêt un jour de grand vent, en bordure du site d'enfouissement des Lauriers, dans le Var. (photo Hugo Clément)
Troisième problème : le méthane. Ce puissant gaz à effet de serre, au pouvoir de réchauffement 80 fois supérieur à celui du CO2, est généré par la décomposition des ordures enterrées. Les installations modernes mettent en place des circuits de tuyaux pour le collecter. Il est ensuite soit valorisé pour produire de l’énergie, soit brûlé sur place avec des torchères, comme c’est le cas aujourd’hui dans l’ISDND du Valon des Pins. Mais tout le méthane n’est pas récupéré, loin de là. Une partie part dans l’atmosphère.
Nous avons accompagné un scientifique équipé d’un capteur de méthane, à proximité de la décharge des Lauriers. Le taux de méthane dans l’air était dix fois plus élevé autour du site que dans les environs. Bref, les fuites non maîtrisées sont conséquentes. Au total, en 2019, selon l’Agence de la transition écologique, l’enfouissement des déchets a généré 454 000 tonnes de méthane dans l’atmosphère, soit 20% des émissions françaises de méthane.
Ces betteraves périmaient en 1987 ! Mais l'emballage, quasi intact, refait surface sur les berges du Gave de Pau, où se situent d'anciens sites d'enfouissement. (photo Hugo Clément)
Quatrième problème : le transport des déchets. Car les ordures ne sont pas forcément enfouies à proximité de leur lieu de production. Nous avons par exemple suivi l’itinéraire des poubelles d’Aurillac, dans le Cantal. Aucun incinérateur ni site d’enfouissement n’existe à proximité. Les déchets ménagers d’Aurillac partent donc en camion à plus de 200 kilomètres. Il faut rouler environ 3 heures pour atteindre la destination : Montech, dans le Tarn-et-Garonne. C’est là que les ordures du Cantal sont enterrées pour l’éternité.
Et cette situation n’est pas exceptionnelle. Dans certains cas, on envoie carrément nos poubelles en Suisse ! Ce ballet incessant de camions pour transporter nos ordures n’est pas sans conséquence. Chaque année en France, selon la Fnade, le transport de déchets, toutes catégories confondues, émet 2,4 millions de tonnes équivalents CO2, soit à peu près autant que le transport aérien interne !
Un arbre constellé de sacs plastiques, à proximité du site d'enfouissement des Lauriers, dans le Var. (photo Hugo Clément)
Alors, que faire ? À notre échelle de consommateurs, il faut absolument réduire nos déchets à la source. Pour cela, évitons au maximum les objets jetables ou les produits suremballés. Privilégions les contenants réutilisables.
Durcir la réglementation
Pour les ménages qui ont la chance d’avoir un jardin, mettons en place un compost, pour y jeter nos déchets organiques. Cela permet de réduire considérablement le volume de nos poubelles et de produire de l’engrais naturel ! Malgré les lacunes du recyclage, trions un maximum, pour que nos déchets en verre, en plastique ou en carton ne finissent pas enterrés.
Depuis le 1er janvier 2024, toutes les collectivités locales ont l’obligation de trier et de collecter les biodéchets à la source. Mais l’application de la loi a pris du retard. Fin 2024, seulement 40% de la population se verra proposer une solution. Cela montre qu’on ne peut pas tout attendre de l’État.
Les choses ne bougeront rapidement que si nous faisons pression sur nos dirigeants locaux et nationaux pour mettre en place des systèmes de collecte et de tri plus efficaces, et pour leur demander de mieux récompenser les ménages ou les communes qui réduisent leur volume de déchets (par exemple en allégeant les taxes). À l’inverse, les comportements les moins vertueux doivent être plus pénalisés, pour inciter tout le monde à aller dans le bon sens.
Pour découvrir notre enquête en détail et plus de belles solutions/initiatives, rendez-vous ce lundi 22 janvier à 21 heures sur France 5 dans Sur le front !
1 - L’eau du robinet contaminée chez plus de 160 000 habitants en Auvergne-Rhône-Alpes
Des analyses de l’Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes révèlent que l’eau de 50 communes est contaminée aux PFAS, ces “polluants éternels”, à des taux supérieurs au seuil de référence européens, soit plus de 100 nanogrammes par litre. Ces communes se concentrent dans la “vallée de la chimie”, située au sud de Lyon, et regroupent 166 000 habitants.
La consommation de ces eaux n'est pas interdite, mais l'ARS demande des mesures correctives aux communes concernées. Sous peine d’une mise en demeure, ces collectivités doivent présenter au plus vite “les mesures de leur choix pour revenir sous le seuil” de 100 ng/L, indique l’agence de santé. Elles auront ensuite trois ans pour les mettre en place.
Pour rappel, les PFAS sont des composés per et polyfluoroalkylés dotés de propriétés anti-adhésives et imperméables. Ces substances sont massivement utilisées dans la vie courante : poêles en Téflon (désormais interdit), emballages alimentaires, automobiles… Quasi-indestructibles, les PFAS s'accumulent avec le temps dans l'air, le sol, l’eau, la nourriture, et jusque dans le corps humain.
2 - Les enfants qui vivent près d’espaces verts ont des os plus solides
Une étude publiée dans la revue médicale Jama network open révèle que les enfants élevés à proximité d’espaces végétalisés développent une ossature plus solide que ceux qui en sont éloignés. Ce rôle bénéfique s’explique en grande partie par la possibilité, chez les enfants vivant près de parcs, squares ou jardins, de pratiquer une activité physique plus développée.
En plus d’améliorer la santé osseuse, garantir une exposition à des espaces verts dès le plus jeune âge permettrait de limiter le risque de fractures et d'ostéoporose à plus long terme. “Plus la masse osseuse est forte pendant l'enfance, plus vous avez de capacité pour plus tard dans la vie. Le véritable message de santé publique de cette étude est donc que les urbanistes peuvent renforcer les os des enfants, ce qui a des conséquences à long terme”, explique Tim Nawrot, l'un des co-auteurs de l'étude, dans le quotidien britannique The Guardian.
3 - Le Portugal interdit les animaux sauvages dans les cirques
À partir du 1er janvier 2024, les cirques portugais cessent officiellement les spectacles avec des animaux sauvages. Cette mesure intervient dans le cadre de la loi portugaise pour la protection animale, adoptée en 2018. Une victoire significative pour les défenseurs de la cause animale qui se battent depuis plusieurs années pour cette interdiction.
Cette mesure concerne plus de 1 100 animaux appartenant à une quarantaine d’espèces jusqu’ici exploitées à des fins de divertissement, qui devraient être progressivement placés dans des sanctuaires ou des structures d’accueil. En France, il faudra encore attendre jusqu’en 2028 pour qu’une telle mesure s’applique, comme le prévoit la loi sur la maltraitance animale adoptée en 2021.
80 millions
C’est le nombre de requins tués chaque année dans le monde, selon un nouveau rapport publié dans la revue Science. Un chiffre en hausse ces dernières années, malgré les efforts pour réduire la chasse des squales. Aujourd'hui, 70 % des pays et des juridictions ont en effet mis en place des réglementations pour enrayer le commerce d’ailerons de requin, notamment en interdisant de rejeter à l'eau le corps des grands prédateurs dont les nageoires ont été découpées.
J'ai pu constater de mes propres yeux en 2020 le massacre des requins à Vigo, en Espagne, où ils sont pêchés pour leur chair et leurs ailerons. (photo Hugo Clément)
Les chercheurs notent que ces réglementations ont involontairement créé un effet pervers. Si l'enlèvement des nageoires a légèrement diminué au cours des deux dernières décennies, les nouvelles règles obligeant les pêcheurs à débarquer les requins entiers ont dopé le marché de la viande de squale. “Maintenant, il y a un marché pour les découper et les mettre dans un ceviche”, résume Boris Worm, l'auteur principal de l'étude. De la viande de requin continue d’ailleurs d’être mise au menu de certaines cantines, y compris dans les établissements scolaires, comme l’a montré une enquête de Vakita. À l’échelle de la planète, un requin sur trois est désormais menacé d’extinction.
Cette semaine, les recos sont en partenariat avec Netflix
5 conseils pour bien gérer les écrans au sein de la famille
Tous les parents savent que le sujet des écrans peut être très sensible et générateur de conflits dans les familles. C’est pour cela que Netflix s’associe à l’OPEN, l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique, afin de faire connaître les comportements vertueux à mettre en place. L’OPEN a mené une grande étude, encadrée par des psychologues cliniciens. Voici 5 conseils à retenir pour que les écrans ne prennent pas une place démesurée et ne nuisent pas aux relations intra-familiales :
1. Les écrans, ensemble, c’est mieux. Plutôt que de regarder des vidéos, des films ou des séries chacun dans son coin, mieux vaut se réunir devant un seul écran, pour un moment en commun. Cela permet de créer une mémoire et une culture commune, de susciter des échanges, de donner son avis, de débattre… Bref, de renforcer les liens au sein de la famille.
2. Se mettre d’accord sur un programme qui plait à tous ! C’est en soi un exercice de dialogue et de compromis familial intéressant, mais ce n’est pas toujours facile. Si vous voulez découvrir 7 techniques pour mettre tout le monde d’accord, suivez ce lien vers l’étude complète !
3. Les écrans, on en parle dès que possible. Parler de ce que l’on voit est capital. Les films, séries ou documentaires peuvent être des outils de médiation pour aborder des sujets sensibles : harcèlement, sexualité, mort, genre, mais aussi orientation professionnelle… C’est parfois plus facile à évoquer en partant d’une série/fiction. Par exemple : la série 13 reasons why, pour parler du harcèlement ou Sex education, pour aborder les stéréotypes autour de la sexualité,
4. Les fictions, un outils puissant de transmission. Si vous avez des enfants, n’hésitez pas à leur montrer les films qui vous ont marqués quand vous étiez plus jeune. Inversement, montrez à vos parents les fictions sorties récemment qui vous ont touchés. C’est un formidable outil de transmission intergénérationnel. Cela permet de construire des références communes et de mieux se comprendre !
5. Renseignez-vous en détails sur ce que regardent vos enfants. Plus les enfants grandissent, plus ils sont exposés à des contenus sensibles. Renseignez-vous sur le contenu des vidéos, au-delà des catégories d’âge, notamment en échangeant avec d’autres parents. Veillez sur les contenus que vos enfants consultent lors de leurs visionnages solitaires et soyez attentifs aux recommandations de leurs amis. Il faut aussi aider vos enfants à construire un esprit critique vis-à-vis de ce qu’ils regardent. Pour cela, le plus efficace est de leur poser des questions !
En résumé : maîtriser le temps d’écran, c’est bien, mais il faut aussi faire de l’écran un outil positif d’éducation et de dialogue. L’étude complète de l’OPEN est disponible en cliquant ici.
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